"Les confessions d'un marchand de tapis"

M. Bashir écrit actuellement l’autobiographie de sa vie professionnelle intitulée : « Confessions d'un Marchand de Tapis ». Les chapitres apparaîtront ci-dessous dès qu’ils seront terminés.

Préface

Avant de commencer, je voudrais exprimer ma gratitude à tous les clients qui m'ont donné l'occasion de les servir pendant les 36 dernières années. De plus, je voudrais remercier tout spécialement tous les décorateurs et designers d'intérieur que j’ai rencontrés au cours des ans et qui ont très gentiment insisté pour faire des affaires exclusivement avec moi. Merci à ma femme et à mes enfants pour leur patience, merci à mes frères et à mes fournisseurs à l'étranger pour m’écouter et fabriquer des tapis dans les couleurs demandées et aussi pour m'aider à acquérir quotidiennement des tapis du monde entier.

Introduction

Une fois à la maison, votre femme se tourne vers vous et dit : « Nous avons besoin d'un tapis persan ou oriental pour le salon. ». Avant que vous ne le sachiez, vous aurez besoin d'un tapis pour la salle à manger, la salle de séjour, l'entrée, les chambres à coucher, les couloirs, etc. C'est comme cela que ça devrait se passer, mais vous êtes libre de faire ce que vous voulez. A votre place, je consulterais un designer d'intérieur qui me guiderait ou m’accompagnerait dans un magasin et me conseillerait sur ce qui va avec mon intérieur. Durant mes 34 ans en Amérique du Nord, je peux compter sur les doigts d’une main les hommes qui sont venus et ont choisi eux-mêmes des tapis en ayant très bon goût. Et à chaque fois, tout s’est très passé. Mais ce sont surtout les femmes qui viennent et choisissent des tapis. Les hommes, eux, ne sont pas très intéressés par ce processus (à quelques exceptions près). Mais ce serait bien si les hommes avaient une idée de la direction dans laquelle les femmes veulent aller. Les couleurs des murs, des rideaux, du mobilier peuvent les aider à visualiser le décor final dans une certaine mesure.

Chapitre 1 : L'achat

Lorsqu’on désire acheter un tapis, les facteurs suivants doivent être préalablement pris en compte :

  • Taille des pièces
  • Taille de tapis souhaitée
  • Style de tapis : floral, tribal, antique ou géométrique
  • Couleur de tapis : claire, moyenne ou sombre
  • L’impact sur l'environnement qui l’entoure
  • Par exemple, dans votre salon, voulez-vous que votre tapis s’harmonise discrètement ? Ou souhaitez-vous qu’il fasse de l’effet au point qu’il devienne le centre d’attention de la pièce ? C'est une décision que vous devez prendre. Il est difficile de trouver le tapis parfait, mais essayez de vous rapprocher de ce que vous cherchez. Parfois le défi est de trouver la bonne taille, parfois de trouver de la bonne couleur. Une fois que c'est fait, alors c'est une question de prix.

    Chapitre 2 : Souvenirs d’enfance

    Mes souvenirs d’enfance en matière de tapis se déroulent durant les vacances scolaires d'été. J’allais dans la maison de mes grands-parents maternels. Leur commerce principal était, et est toujours, de faire de la broderie à la main en fils de soie sur des châles en laine. Leur commerce secondaire était le tissage de tapis sur des métiers à tisser manuels. Après la séparation de l'Inde et du Pakistan, mes grands-parents, étant d'origine cachemirienne et avec la question du Cachemire pas encore réglée, sont partis pour le Pakistan. Ils ont reçu trois maisons en échange de la propriété qu'ils avaient laissée derrière eux. Ils habitaient dans une maison et dans les deux autres, ils avaient mis des métiers à tisser que les tisserands pouvaient utiliser pour faire des tapis. D'autres cousins de ma mère étaient aussi dans le tissage de tapis. J’allais là-bas un été et ils travaillaient sur un tapis et l'été suivant, ils travaillaient toujours sur le même tapis. Je dirais que ses dimensions était de 12' x 9' pieds. J’ai le souvenir d’une ambiance très festive. La musique sortait très fort de la radio, il y avait beaucoup de nourriture et de pigeons. Un de mes oncles avait des pigeons. Il faisait des compétitions avec les gens du coin pour savoir quel pigeon pourrait voler le plus longtemps. Je me rappelle le voir écraser des amandes, les mélanger avec quelque chose (probablement des stéroïdes) et mettre le mélange dans l’alimentation des pigeons pour qu’ils puissent voler le plus longtemps. Ils les lâchaient le matin et n'importe quel pigeon qui volait le plus longtemps et revenait le dernier était le gagnant. Il y avait aussi des gens qui faisaient voler des cerfs-volants, des chèvres un peu partout, le chant du maître tisserand qui récitait sans cesse aux jeunes tisserands combien de nœuds de noir ou combien de nœuds de rouge. À ce moment-là, je trouvais bizarre que cela prenne si longtemps pour fabriquer un tapis, mais cela prend vraiment beaucoup de temps pour finir un tapis. A cet endroit, il n'y avait aucune route pavée, seulement un train qui passait quelques fois par jour. Le tapis, une fois terminé, était retiré du métier à tisser, enroulé, mis dans un chariot tiré par cheval et emmené à la gare pour un trajet jusqu’à la ville de Lahore et dans un centre de traitement de tapis. Une fois que le tapis arrivait à la gare de Lahore ou à la gare routière, il était alors chargé dans un autre tanga (chariot tiré par un cheval) ou dans un petit véhicule et amené au marché. Quiconque payait la somme la plus élevée (la plupart du temps des exportateurs ou l’exportateur qui avait commandé le tapis au départ) obtenait le tapis, puis il était lavé. Ensuite, le velours du tapis était coupé (tondu) à la main de manière égale. Les bords étaient coupés droit et attachés parce que la plupart du temps le tapis n'était pas droit. Il était également inspecté pour découvrir des défauts. Après ce processus, le tapis était enfin prêt pour la vente.

    Chapitre 3 : Que veut dire le nom d’un tapis ?

    Que veut dire le nom d’un tapis ? Autrefois, le nom d'un tapis voulait dire quelque chose. De nos jours, il ne signifie plus grand-chose. Son nom correspondait généralement à la ville, le village ou la tribu d’où il venait. Par exemple, le Nain était un tapis fabriqué dans la ville de Nain située en Iran. De nos jours, un tapis Tabas ressemble beaucoup à un tapis Nain. Il est beaucoup moins cher, mais est vendu comme un Nain parce que les gens pensent que les Nains sont de bons tapis. Il peut avoir un design de Nain et être fait en Iran, mais ce n'est pas un Nain traditionnel comme nous le connaissons. Ce genre de pratiques est si largement répandu qu'une majorité de détaillants sur internet, de magasins et de maisons de vente aux enchères le vendent comme un Nain. Je pense que si les gens aiment la couleur du tapis, ils vont de toute façon probablement l’acheter.

    De nos jours, les tapis viennent d'Afghanistan, du Pakistan, d'Iran, d'Inde, de Chine, du Népal, de Turquie, du Turkomanistan, de Tchétchénie, d'Azerbaïdjan et d'Arménie. Il semble que cela devienne de plus en plus difficile de fabriquer des tapis véritablement noués à la main dans la plupart des pays. Ainsi, l'Inde et la Chine utilisent de nouvelles méthodes qui n’utilisent pas réellement le nouage à la main. On les appelle des tapis avec dos de latex dans lesquels un fil est enroulé autour de la chaîne et de la trame sans être noué, puis du latex est appliqué à l'arrière du tapis pour l'empêcher de tomber en morceaux. Ensuite, il est recouvert d’un tissu au dos pour cacher le désordre. Ces types de tapis sont presque impossibles à nettoyer. Quand on les lave à l'eau, la colle du latex se décolle et ne peut plus tenir le velours ensemble. De plus, de temps en temps pendant le processus de lavage, la colle remonte à la surface du tapis créant un scénario jaunâtre cauchemardesque pour le pauvre nettoyeur de tapis. Il vaut mieux les envoyer au paradis des tapis que de les faire nettoyer. Il faut éviter ces types de tapis, mais à nouveau tout dépend de votre budget. Beaucoup de grands magasins vendent ces tapis en disant qu’ils sont faits à la main alors qu’ils ne le sont pas. C’est comme si quelqu'un disait qu’il est végétarien parce que les vaches qu'il mange sont végétariennes.



    Tapis antiques

    Trouver et collectionner des tapis persans et orientaux est un travail et une passion. Pour moi, c'est plus une passion qu'un travail. Il y a des tapis pour tous les goûts. Il y a de temps en temps des salons et des réunions concernant des tapis qui se déroulent dans diverses villes nord-américaines. J'ai donné des conférences à des étudiants de décoration d'intérieur de différentes universités et écoles privées. En parlant de tapis anciens, je connais un couple qui adore et aime uniquement les tapis antiques. Il y a six mois ils m'ont apporté une photo d'un très vieux tapis Bessarabian avec des couleurs vives, rouge, vert, noir. Ils pouvaient se permettre d'acheter ce tapis à n'importe quel prix, mais il était vieux et pas à vendre. Ils m'ont donc demandé de le faire fabriquer. J'ai demandé à mon frère à l'étranger qui l'a fait faire par des tisserands afghans et le client a été très content. Par conséquent n'importe quel tapis ancien peut être reproduit avec une apparence et un toucher très proche de l’original.

    Le Bokhara

    Bokhara est une ville de l’ancienne URSS. La majorité des tapis Bokhara (90 %) sont faits au Pakistan. En fait, 15 % de la production totale du Pakistan sont des tapis Bokhara. Ils sont faciles à apprécier et la plupart des collectionneurs connaisseurs de tapis et des experts du monde occidental ont commencé leur collection avec eux. Ils peuvent être de différentes couleurs. Nous avons même un Bokhara violet. Le type le plus populaire de Bokhara est le Bokhara rouge. Durant la présidence de Jimmy Carter à la Maison Blanche, un Bokhara rouge, probablement du Pakistan, est apparu sur beaucoup d'images. En stock, nous avons des Bokharas russes, des Bokharas persans, mais le type qui se vend le plus est le Bokhara pakistanais. Les Bokharas ont aussi des origines turkmènes.

    Les Habibian Nains & Nains

    Autrefois, les Habibian Nains étaient considérés comme des tapis très importants dans la famille Nain. Les Nains avaient, pour la plupart, un fond de couleur ivoire avec du bleu et du beige. Parfois, le bleu était plus prononcé et parfois le tapis était fait d'un bleu plus clair. Il y a cependant des exceptions. Parfois, ils étaient d’un rouge et d’un vert éclatant. De nos jours, il y a beaucoup de tapis sur le marché qui sont signés Habibian Nains, mais ne sont pas faits par des familles Habibian et sont à vendre sur les marchés américains et canadiens. Il est très difficile de trouver de vrais tapis Habibian à cause de la forte demande. Les tapis Nains anciens sont aussi difficiles à trouver. En ce qui me concerne, si un client aime un Nain, cela ne devrait pas faire de différence que ce soit un Habibian ou non.

    Les Tabas

    Les tapis Tabas ressemblent aux tapis Nains et ont des couleurs semblables aux Nains, mais ce ne sont pas des Nains. Beaucoup de marchands, cependant, les vendent comme des Nains. Ces tapis sont faits dans la ville de Tabas située en Iran. Le Tabas est un bon tapis pour son prix, mais il devrait être vendu comme un Tabas aux consommateurs et non pas comme un tapis Nain.

    Chapitre 4 : La prochaine génération

    L’une de mes filles voudrait que je propose ce que les tapis Martha Stewart offrent, c’est-à-dire des tapis plutôt modernes et dans toutes les gammes de prix. L’une voudrait suivre l’exemple de Martha Stewart et de son style, tandis que l'autre ne veut rien avoir à faire avec Mme Stewart. Cependant, elle a bon goût et a le sens des couleurs et du design dans les tapis orientaux. Elle aimerait continuer à offrir des tapis persans haut de gamme et elle n'est pas non plus contre le fait de proposer des tapis de type Martha Stewart. Par conséquent, nous avons décidé de faire plaisir aux deux jeunes femmes. C'est tout pour le moment. J'écrirai un peu plus bientôt. Je dois vous quitter à présent pour aller servir une cliente. Elle vient juste d’entrer dans le magasin. Plus de chapitres vont s’afficher bientôt. Merci de votre lecture.