Les tapis tibétains

L'industrie de la fabrication de tapis au Tibet, bien que s'étendant sur des siècles voire des millénaires a longtemps été estimée comme un art mineur. Elle n'était pas considérée comme suffisamment importante pour être mentionnée en détails dans les premiers écrits, exceptées quelques références occasionnelles à des petits tapis personnels possédés par des figures religieuses dominantes. Les premiers récits détaillés sur les tapis tibétains ne viennent pas des Tibétains eux-mêmes, mais des étrangers qui entrèrent au Tibet avec les expéditions militaires de Francis Younghusband en 1903-1904. L. Austine Waddell et Perceval Landon décrivirent tous deux un atelier de tissage qu'ils découvrirent près de Gyantse, sur la route de Lhassa. Landon dépeint l'atelier comme étant « une vaste maison à deux étages avec une cour entièrement occupée par des ouvriers, hommes et femmes, et par leurs métiers à tisser ». Il apporte des informations complémentaires importantes sur les tapis qu’il décrit comme « des objets de grande beauté ». Cet atelier était possédé et dirigé par l’une des familles aristocratiques locales, ce qui semble avoir été la norme en ce qui concerne l’organisation du tissage durant cette époque.

Tapis Khaden du Tibet
Tapis tibétain
Tisserands de tapis tibétains

De son apogée qui eut lieu entre le 19e et le début du 20e siècle, l'industrie des tapis tibétains tomba dans un sérieux déclin dans la seconde moitié du 20e siècle. Les bouleversements sociaux, qui commencèrent en 1959, furent par la suite exacerbés par les expérimentations de la collectivisation qui ne laissaient aux populations rurales que très peu de temps pour exercer le tissage, tandis qu’étaient effectivement fermés les monastères, leurs principaux clients. Beaucoup de familles aristocratiques, qui jadis organisaient le tissage des tapis de la plus grande qualité, s’enfuirent en Inde et au Népal durant cette période, frappant l’industrie d’un autre coup. Lorsque le tissage de tapis tibétains commença à ressurgir dans les années 1970, ce ne fut pas au Tibet mais au Népal et en Inde.

Les premiers récits occidentaux sur les tapis tibétains et leur style furent écrits à cette époque, basés sur des informations glanées dans les communautés de réfugiés. Les rencontres fortuites entre les voyageurs occidentaux à Katmandou et les anciens tisserands tibétains eurent pour conséquence l’ouverture d’ateliers de tissage de tapis tibétains et leur exportation vers l’Occident. Le tissage, dans les ateliers de fabrication de tapis au Népal et en Inde, fut initialement effectué par des réfugiés tibétains puis, plus tard, par des ouvriers locaux non-tibétains qui prirent leur place. Les tisserands népalais, notamment, élargirent rapidement l’art du petit tapis tibétain traditionnel de style classique à des tapis aux grandes dimensions adaptés aux salons occidentaux. Cela marqua le début d’une industrie du tapis qui est toujours importante pour l’économie népalaise aujourd’hui, bien que sa réputation ait été quelque peu ternie par le scandale du travail des enfants dans les années 1990.

Dans les années 1980-1990, de nombreux ateliers furent réinstallés à Lhassa et dans d’autres régions du Tibet. Cependant, ils demeurent relativement déconnectés des marchés extérieurs, situation qui perdure aujourd’hui. À présent, la plupart des tapis tissés dans les usines de Lhassa sont, à quelques exceptions près, destinées au marché du tourisme ou sont offerts en cadeaux lors de visites de délégations chinoises ou aux ministres du gouvernement. La qualité est variable, avec de la laine importée peu coûteuse et des colorants bon marché qui entachent une bonne partie de la production. Il y eut de nombreuses tentatives au cours de la dernière décennie pour améliorer la qualité des tapis et pour qu’ils soient capables d’atteindre les standards du marché international. Quelques succès ont été notables, mais un écart de qualité existe toujours entre les produits fabriqués au Tibet et les tapis de style tibétain produits par des entreprises prospérant en dehors du Tibet à proprement parler.

Sources et inspiration : BÉRINSTAIN, Valérie, et al. L'art du tapis dans le monde, Paris, Mengès, 1996, 378 p. ; JERREHIAN JR., Aram K. A. Oriental Rug Primer, Philadelphie, Running Press, 1980, 223 p. ; HERBERT, Janice Summers. Oriental Rugs, New York, Macmillan, 1982, 176 p. ; HACKMACK, Adolf. Chinese Carpets And Rugs, Rutland et Tokyo, Tuttle, 1980, 45 p. ; DE MOUBRAY, Amicia. et David BLACK. Carpets for the home, London, Laurence King Publishing, 1999, 224 p. ; JACOBSEN, Charles. Oriental Rugs A Complete Guide, Rutland et Tokyo, Tuttle, 1962, 479 p. ; BASHIR, Shuja. communication personnelle, s.d. ; Sources de sites web et dates de consultation variées (à être confirmées). Utilisé sous toutes réserves.